Les Sumériens

 

 

     Le sumérien est la langue écrite la plus ancienne que nous connaissons. La découverte d’une langue implique obligatoirement l’existence d’un groupe culturel. Ce sont les milliers d’écrits retrouvés en Mésopotamie, sur des tablettes en argile et en pierre, qui ont permit aux chercheurs de découvrir l’étonnante civilisation des sumériens. 

     La révélation de ces tablettes semble remettre en question nombre d’éléments qui ont façonné notre histoire. Ce peuple construisait d’incroyables édifices, menait une vie politique comparable à celle de l’antique Athènes, accordait un rôle central aux concepts de loi et de justice et plus déconcertant encore : les sumériens partageaient des histoires et des mythes similaires aux récits des grandes religions qui ont tant marqué l’histoire jusqu’à nos jours.

     Aussi essentielles que soient ces découvertes, nous avons remarqué que cette civilisation tenait peu de place dans l’instruction générale pratiquée au sein de nos cultures occidentales. Pourquoi ce peuple, qui a pourtant joué un rôle crucial dans l’histoire de l’humanité, reste si peu connu ?  La trace des sumériens fut découverte principalement en Irak. Nous savons que de nombreux objets et tablettes ont été exposés dans le musée de Bagdad. Pourquoi celui-ci fut interdit au public pendant plusieurs années sous le régime de Saddam Hussein ? Pourquoi, alors que des scientifiques avaient demandé aux anglais de protéger le musée, celui-ci a ensuite été pillé et saccagé le jour de l’arrivée de l’armée américaine à Bagdad ? Ces coïncidences troublantes amènent des interrogations : Quels secrets se cachent en Irak ? Les informations recueillies dans la culture sumérienne impliquent t’elles des remises en question si importantes que certains préfèrent les dissimuler ?

 

Découverte des tablettes

Une civilisation avancée

Le berceau des religions

Un récit incroyable

Une civilisation méconnue

Le Musée de Bagdad

 

 

Découverte des tablettes

     L’existence de la civilisation sumérienne fut admise et prouvée tardivement dans l’histoire.

Le souvenir ainsi que le nom de ce peuple semblent s’être effacé au cours du temps, laissant pourtant une empreinte et une influence considérable sur les cultures qui lui ont succédées.   Leur langue cunéiforme, langue originale que l’on peut apparentée à l’hébreu, l’araméen et l’arabe, fut retrouvée sur des tablettes en Mésopotamie.

 

Début de l’écriture en Mésopotamie. Caractères pictographiques.

 

Lors de fouilles en 1929-1931, des documents écrits datant de 3000 ans avant JC, ont été retrouvés dans les ruines d’Uruk. En premier lieu, ces découvertes furent assimilées aux autres cultures antiques mésopotamiennes que l’on découvrit au cours du 19ème siècle. Pourtant en 1880, un archéologue français trouve sur le site de Tellos, des restes de construction, des statues et de nombreuses inscriptions dans lesquelles aucune référence de l’assyrien ou d’un langage de type sémitique n’était stipulés. De cette langue cunéiforme surgit alors l’histoire d’une civilisation stupéfiante, se distinguant des autres cultures de l’antiquité tardive. De nombreux autres sites fouillés par la suite en Irak ont prouvé l’existence du peuple sumérien. En 1905, Thureau-Dangin décrypte et traduit ses « Inscriptions de Sumer et d’Akkad ». Cette publication apporte non seulement une confirmation à l’existence de cette civilisation mais la place également au premier plan des cultures mésopotamiennes d’autrefois.

 

 

Tablette du Déluge (version babylonienne). Ninive. 7ème siècle avant JC. Terre. Londres British Museum

 

Une civilisation avancée

     Des milliers de documents cunéiformes ont permit aux chercheurs d’appréhender la culture sumérienne, de comprendre ses modes de vie, ses croyances, ses institutions politiques et juridiques. Les textes retrouvés témoignent d’une grande richesse intellectuelle ainsi que d’une connaissance avancée.

     Il nous ait communément enseigné que la « démocratie » prend ses sources en Occident, or il semblerait que les prémices de celle-ci aient vu le jour au Proche Orient. Nous savons par exemple que le premier parlement, 3000 ans avant JC, se composait de deux chambres : Un sénat et une chambre basse formée par tout les citoyens en état de porter des armes. Tout comme dans la Grèce antique, Sumer se composait de villes états. (Ur, Eridu, Lagash…) Les villages se concentraient autour de ces villes plus grandes qui rivalisaient pour l’hégémonie. Concernant les questions de guerre et de paix, les souverains de Sumer consultaient leurs concitoyens, réunis en assemblée. La civilisation sumérienne était donc déjà dotée « d’institutions démocratiques ».

     Des milliers de tablettes en argile, déterrées par les archéologues ont montré que la loi et la justice constituaient pour les sumériens des valeurs et concepts fondamentaux. D’après leurs écrits, nous comprenons que cette civilisation disposait de cours de justice dans lesquels les citoyens pouvaient espérer un procès équitable. Nous retrouvons sur ces tablettes le témoignage du plus vieux récit de meurtre de l’histoire. D’autres documents d’ordre juridique ont été retrouvés, tel que des contrats, des testaments, des actes ainsi que des reçus et arrêts des tribunaux. Ces traces laissées par le peuple sumérien ont joué un rôle prééminent dans les fondements de la civilisation. Les principes judiciaires de ces peuples sont clairement le reflet de leur mentalité et de leur culture. Néanmoins, la pratique judiciaire gardera la forme de règles pragmatiques et n’atteindra jamais le stade de lois fondées sur des principes éthiques, constituant les bases morales de la société comme il en a été le cas dans la Grèce antique.

 

     D’après les tablettes, ce peuple semblait également maîtriser étonnement la cosmologie et l’astrologie. Selon Kramer, deux théories s’affrontent quant à l’évaluation des facultés de nos antiques mésopotamiens. Certains chercheurs pensent, en effet, que les sumériens n’étaient pas capables de raisonner logiquement et intelligemment sur les problèmes universels. Dans son livre « L’histoire commence à Sumer », Kramer nous fait comprendre que les sumériens n'avaient « aucun sens de la recherche scientifique; aucune curiosité scientifique comme si ils possédaient un "savoir" immuable, qu'ils ne tentaient pas d'améliorer ». Cette idée est soutenue par la preuve que partout dans leurs écrits, les sumériens affirment qu'ils n'ont jamais rien inventé. Tout "leur avait été enseigné par des Puissants venu d'une autre planète de notre système solaire". D’autres chercheurs en revanche, affirment qu’en comparaison à notre esprit moderne, ce peuple possédait une intuition et une profonde acuité leur permettant de percer les secrets de l’univers.  Quoi qu’il en soit, une chose est certaine : les sumériens tout comme nous, se sont fortement intéressés à l’origine et au mode de fonctionnement du cosmos.

     Kramer, dans son livre, nous explique de quelle façon cette civilisation concevait leur planète et l’univers qui l’entoure. La base de l’univers était pour les sumériens constituée par la terre, sous la forme d’un disque plat entourée par la mer et flottant horizontalement dans une immense sphère. Cette sphère était, pour eux composait d’une demie sphère supérieure et une demie sphère inférieure, la première étant le ciel et la seconde représentant une sorte d’anti ciel : les enfers. Selon cette théorie, les sumériens pensaient que la terre était au centre de l’univers.

 

 

 

     D’autres théories soutiennent l’idée que les sumériens avaient une connaissance beaucoup plus approfondie de l’espace. En effet, certains savants affirment que ce peuple savait exactement à quoi ressemblait leur système solaire comme en témoigne cette représentation surprenante :

 

Sceaux cylindres apparus vers URUK VII : celui ci est le VA 243.

 

     Nous pouvons voir sur ce sceaux cylindre que le soleil et les planètes qui l’entourent ont une forme ronde. Cette représentation démontre donc que les sumériens imaginait leur propre planète sous une forme circulaire (et non plate) et qu’elle n’était pas à leurs yeux au centre de l’univers. C’est pourtant une réalité qui fut prouvée il y a seulement 300 ans en Europe. Cette représentation de l’espace indique aussi une autre planète que les sumériens nommait « Nibiru ». Plusieurs astronomes croient à la possibilité de l'existence d'une dixième planète. Si cela s’avère vrai, comment se fait il que les Sumériens en eurent connaissance avant nous ? D’où leur vient ce savoir ? Admettons également que cette dixième planète énigmatique n’existe pas. Dans ce cas, comment ce peuple a-t-il  pu connaître l’existence des planètes que nous avons découvert il y a peu de temps ? Rappelons qu’en Occident, la planète Uranus fut découverte en 1781, la planète Neptune en 1847 et Pluton en 1930. Il semblerait pourtant que les sumériens connaissaient les planètes extérieures à la Terre, ainsi que leur tailles relatives et leurs niveaux d’éloignement par rapport au soleil.

Afin de rendre compte de la position des astres, les astronomes de l’époque se servaient de l’écliptique (le plan sur lequel la Terre tourne autour du soleil). Ainsi ils pouvaient évaluer la latitude et avaient divisé le ciel en 12 zones constituées d’arc de 30°, qui prirent le nom de la constellation principale qui s’y trouvait : ce sont les signes du zodiaque, que nous connaissons à présents sous des noms différents. Les mésopotamiens reconnaissaient, à quelques variations près, les mêmes constellations que celles que nous connaissons maintenant.

 

 

Cylindre d’Adad – Sharrum, fils de Shamaiatum. Mari. 18ème siècle avant JC. Stéatite. Haut. 2,7 cm. Paris, Musée du Louvre.

 

 

Le berceau des religions

     Dans plusieurs de leurs tablettes, les sumériens parlent de « Puissants » dont ils étaient les serviteurs. Parmi eux, citons An (Dieu des cieux et premier des puissants), Enlil (Seigneur de l'air), Enki (dieu de l'eau douce), Ninurta, Ishkur, Nannar…. Le panthéon principal des sumériens était composé de douze puissants. Il est souvent exprimé dans les textes sumériens que l’origine de leur civilisation trouvait ses sources dans l’inspiration d’êtres divins. Les sumériens pensaient avoir été crée par les dieux pour leur servir de main d’œuvre. Ils étaient convaincus de leur soumission aux « dieux » : une résignation et une crainte qui n’est pas sans rappeler un certain fatalisme dans la croyance des grandes religions que nous connaissons.

     Il est décrit dans la Bible qu’Abraham vient de la ville de Ur qui est une ville sumérienne. Les hébreux ont ensuite appelé leur dieu Yahvé qui est un condensé le la divine triade des sumériens : Enlil, Enki et An. Le monothéisme juif s’est constitué en plusieurs étapes. Après l’hénothéisme d’Abraham et la monolâtrie de Moise, il faudra attendre l’exil de Babylone (587- 538 av JC) pour queYahvé soit proclamé par les hébreux comme seul dieu dominant l’univers.

     Dans la bible originelle était écrit : « Au commencement Elohim créa le ciel et la terre... ».  Or, Elohim (dont le nom propre est Yahvé) est un pluriel et de nombreux traducteurs lui donnent le sens de « les dieux». Dans la Genèse, « Dieu dit : Voila que l’homme est devenu comme l’un de nous pour connaître le bien et le mal » (G III – 22). Nous sommes tenté de nous demander ce que signifie l’expression « comme l’un de nous » ? Il semblerait que le culte des dieux Elohim provient des croyances polythéistes sumériennes.

     Les exégètes s’accordent généralement pour dire que les récits bibliques relatés dans les 11 premiers chapitres de la Bible sont une résonance des mythes et légendes sumérienne. D’après Kramer, « le paradis semble bien être d’origine sumérienne ». Dans un de leurs nombreux poèmes, les sumériens parlent d’une contrée du nom de Dilmun aux apparences paradisiaques, un endroit « pur » et « brillant » où ne règne ni la maladie, ni la mort. Tandis que les sumériens situent ce lieu dans le sud ouest de la Perse, la bible indique que Yahvé plante un jardin d’Eden du côté de l’Orient : « Un fleuve sortait d’Eden pour arroser le jardin. Il se divisait ensuite en quatre bras : le nom du premier Pichon, le nom du second est Guihon, le nom du troisième est Hiddeqel, c’est celui qui coule à l’Orient de l’Assyrie, le quatrième fleuve est l’Euphrate. » Genèse, II, 8-14. Le mot Éden est originaire de Mésopotamie. En akkadien, edinu signifie plaine, et, en sumérien, edin est un terrain fertile ou irrigable. Dans ces deux récits sont décrits les mêmes fleuves, le même lieu, le même péché originel. D’après le livre « Sumer » qui relate l’histoire de l’art de la civilisation sumérienne, « La Mésopotamie fut bien le paradis originel ».

 

 

     L’art et la religion ont été intimement liés durant toute l’aventure mésopotamienne. Ainsi, nous retrouvons des similitudes étonnantes entre un des récits bibliques les plus connus et un sceaux cylindre sumérien. Cette représentation réunit en effet un dieu, un arbre, une femme et un serpent. Dans le livre « Sumer », les auteurs expliquent que la plupart des chercheurs considèrent à présent cette ressemblance comme une simple « coïncidence » Cela suscite pourtant de vives interrogations.. 

 

Cylindre de la Tentation. Milieu du 3ème millénaire.

Londres, British Museum

 

Le poème « Enki et Ninhursag » peut également être associé au mythe de la cote d’Adam qui donna vie à Eve. C’est la cote, qui est justement dans ce récit sumérien la cause du mal d’Enki. La cote se dit « Ti » en sumérien, dont la double signification est « faire vivre ». Autre similitude, les sumériens pensaient avoir été crée d’argile tout comme Adam qui d’après la Bible fut crée par une poignée de terre. Nous retrouvons d’autres ressemblances entre des récits sumériens portant sur la légende d’Enki et sur le récit portant sur le paradis originel. D’après les écrits sumériens, Niahursag, divinité de la Terre a placé Enki et et Ninnu dans un jardin où elle avait fait pousser 8 plantes. Enki succombe à la tentation et goûte ces plantes. Par ce péché, il sera punit par la grande déesse qui maudira son nom et le vouera à la mort.

 

Vase du style « Suse I ». Suse. Seconde moitié du 4ème millénaire. Terre cuite. Haut. 30,2cm. Paris, Musée du Louvre.

 

     Le premier mythe du déluge fut écrit par les sumériens, puis reprit par les babyloniens. Dans l’épopée de Gilgamesh, qui est un des récits sumériens les plus célèbres, le mythe du déluge est clairement relaté : "Six jours et sept nuits passèrent; Les tempêtes du déluge soufflaient encore; Les tempêtes du sud couvraient le pays. Le septième jour; Les tempêtes du déluge; Qui telles une armée; Avaient tout massacré sur leur passage; Diminuèrent d'intensité; La mer se calma; Le vent s'apaisa; La clameur du déluge se tut." (L'Epopée de Gilgamesh, traduction d'A. Azrié). Nous retrouvons cette légende du déluge dans nombreuses cultures et religions (latine, biblique, indienne, coranique...). Il y a un aspect universel à ce mythe, qui est à chaque fois presque identique (construction d’une embarcation, nombre de survivants, couples d’animaux à sauver….). D’autres ressemblances troublantes sont à  relier aux récits bibliques comme les notions d’enfer et de paradis, les eaux primordiales, la séparation du ciel et de la terre. Selon un texte sumérien nommé "l'Epopée de la création", à l'origine ; il y avait deux êtres, à la fois personnages et lieux : Apsû, l'eau douce, élément masculin, et Tiamat, la mer, élément féminin. De l'union d'Apsû et Tiamat sont nés tous les autres dieux. Or, dans la Genèse 1.1-4.26, il est dit en tout premier lieu « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre » et c’est à la suite de ces deux créations, que le reste suivit : la lumière, les ténèbres, la vie…. En tout premier lieu, la terre et l’eau était unit, Dieu a alors dit : « Qu'il y ait une étendue entre les eaux pour les séparer les unes des autres ! »

 

Un récit incroyable

     Il y a une cinquantaine d’années, la quasi-totalité de la civilisation sumérienne était encore inconnue. Les tablettes qui ont été retrouvées exposent des récits surprenants sur l’origine supposée de l’homme et son rapport aux divinités. D’après ces textes,  nous sommes amenés à nous demander si la religion sumérienne ne serait pas un culte voué aux extraterrestres ? Nous ne savons pas réellement d’où provient cette civilisation. Une chose est certaine, celle-ci était fortement avancée et a eu un impact culturel considérable sur les civilisations suivantes.

     Intéressons nous au contenu de ces tablettes. Les sumériens y relatent leurs sciences, leurs croyances ainsi que l’histoire de leur propre création !  Zecharia Sitchin, auteur de « la douzième planète » a entreprit un travail important sur le contenu de ces textes. Ses interprétations renversantes l’ont mit en marge des académismes scientifiques. Son travail néanmoins, fut reprit ensuite par d’autres chercheurs comme René Boulay ou Paul Von Ward.

D’après ces chercheurs, les sumériens auraient raconté dans leur tablettes que leur civilisation leur avait été enseignée par des êtres descendus sur terre depuis le ciel : les Annunaki. Selon Sitchin, les tablettes parleraient de gens venus d’une autre planète qui s’appelle Nibiru. La traduction des textes sumériens explique qu’il y a plus de 400 000 ans, ces Annunaki sont venus de l’espace et ont atterrit sur notre terre dans la vallée du Tigre et de l’Euphrate. C’est à cet endroit qu’ils auraient établit une colonie qu’ils auraient nommés « Eden ». Les annunaki avaient besoin de main d’œuvre et ont donc fait appel au génie génétique. Ils auraient ainsi prit le sperme d’un annunaki afin de l’associer à l’ovule d’une humanoide primitive. De cette union serait née une espèce hybride qui allait devenir l’homme moderne. D’après ce qu’il en ait relaté dans les textes, les annunaki n’étaient pas dotés des meilleures intentions et par leurs puissance ont réussit à s’imposer comme des dieux. Un extrait des tablettes sumériennes, publié dans l’ouvrage de Kramer, décrit la puissance et la place des Annunaki au sein de la civilisation de Sumer :

«  Les Annunaki, les grands dieux,

chez toi ont établi leur résidence.

Dans tes vastes bosquets, ils consomment leur nourriture

Que tes bergeries soient nombreuses

Que tes moutons se comptent par Myriades

Que tes temples inébranlables lèvent les mains jusqu’au ciel !

Que chez toi les Annunaki décident les destinées ! »

     A cette civilisation étonnante, viendrait donc se mêler des dieux, responsables des destinées et manipulant une technologique avancée que l'homme de l’époque ne comprend pas, mais qu'il peut décrire avec ses propres mots.

 

 Déesse ? Détail de figure, Telle Asmar. Milieu  du 3ème millénaire. Gypse veiné, bitume, coquille incrustée de pierre. Haut. 59 cm. Bagdad, Irak Museum

 

     Dans l’art de l’époque, nous décelons également des références à des êtres particuliers. Au Musée de Bagdad furent exposés des figurines masculines et féminines tout à fait étonnantes. Différentes des déesses mères précédemment recueillies,  nous trouvons de sveltes statuettes, debout avec une physionomie reptilienne qui date de 5000 à 6000 ans av JC. C’est un composé curieux entre la femme et le serpent. Les chercheurs en histoire de l’art ont cru dans un premier temps que ce genre de composé était une référence à la fertilité, étant donné que le serpent fut souvent associé à cette notion. Cette interprétation ne tint plus la route lorsque dans les fouilles récentes d’Eridu fut retrouvée une statuette masculine à tête également reptilienne. Ces statuettes représentent bel et bien un être hybride. Pourquoi les sumériens représentaient ils des êtres si curieux alors qu’ils étaient doués lorsqu’il s’agissait de représenter des visages humains ?

 

Tête du roi Sargon ou plus vraisemblablement de Naram-Sin. Ninive. Début du 3ème quart du 3ème millénaire. Bronze. Haut. 30 cm.

Bagdad, Irak Museum

 

     Les sumériens affirmaient dans leurs tablettes la présence d’être puissants et supérieurs qui leur auraient insuffler le savoir. Ces êtres sont ils venus du ciel, comme il le décrivent ? Nous sommes troublés par la ressemblance qu’il y a entre ces créatures datant de 6000 ans et la représentation moderne que nous voyons des extraterrestres, à travers la culture cinématographique et médiatique. Est-ce possible que les sumériens aient inventé des récits incroyables et réalisé des statues si étranges par pur imagination ? Le chercheur d’aujourd’hui serait il prêt à considérer l’impensable ?

 

1 :                         2 :

1 : Statuette féminine. Déesse reptile donnant le sein à son enfant. Aux environs de

- 4 000 avant J.C. Retrouvée à Sumer.

Bagdad, Irak Museum.

 

2 : Figure masculine avec pastillage. Eridu. 5ème millénaire. Terre cuite. Haut. 14 cm.

Bagdad, Irak Museum

 

 

Une civilisation méconnue

 

     Pourquoi connaissons nous si peu cette civilisation ? Tentons d’apporter à cette interrogation, quelques éléments de réponses….

      Tout d’abord, rappelons que cette civilisation fut découverte tardivement dans l’histoire. Ce n’est qu’en 1877 que les tablettes sumériennes furent découvertes par Ernest de Sarzec, à Tello. Une raison historique explique que nous ayons oublié ou ignorer si longtemps l’existence de ce peuple ; À l’époque de l’ancienne Mésopotamie, la civilisation sumérienne fut, en quelque sorte happée et assimilée par les autres cultures. L’akkadien demeura alors la seule langue employée et le sumérien « persista seulement dans des textes littéraires ou religieux, comme le latin en Occident à l'époque moderne ». Les archéologues eurent peine à définir les différents peuples et reconnurent l’existence d’un seul et même peuple sumérien que vers  la fin du 19ème siècle. Cela fait à présent un siècle, que la civilisation sumérienne est prouvée, reconnue comme ayant posé les fondements des civilisations du Proche Orient et pourtant, elle demeure encore très mal connue. De nombreux chercheurs se sont accordés pour dire qu’elle avait était le berceau des premières écritures et des grandes religions,  mais également la base des premières institutions juridiques et politiques. Cette civilisation est suffisamment importante et empreinte de richesses  pour que nous ne feignions de l’ignorer. Dans ce cas, comment se fait il que notre culture occidentale se désintéresse autant de ce qui semble être aux origines des premières sociétés « civilisés » ?

     Dans la conscience collective occidentale, il semblerait que le terme « sumérien » ne fasse pas partie du vocabulaire connu et reconnu. Notre culture a en effet mit davantage en avant les sociétés de la Grèce et de la Rome antique, comme si l’origine des civilisations se trouvait là. Celles-ci sont considérées comme le berceau des sociétés occidentales, me diriez vous, il est donc normal que nous les connaissions.... Cependant, nous ne sommes pas non plus complètement ignorant de l’histoire de l’Orient. Nous connaissons parfaitement l’existence du monde égyptien qui remporte d’ailleurs un franc succès. Personne n’ignore l’existence de cette surprenante civilisation ! Comment se fait il que celle des sumériens se soit ainsi effacée de nos mémoires ? N’avons nous pas remarqué l’incroyable civilisation que c’était ? De plus, celle-ci prend ses sources historiques bien avant l’Égypte antique !

     Des raisons liées à notre culture judéo chrétienne pourraient expliquer cette ignorance. Premièrement, les sumériens étaient un peuple inconnu dans l’histoire occidentale jusqu’au 19ème siècle. Deuxièmement, nous pouvons imaginer que notre culture imbue de son savoir et pétrie de traditions classiques, ne serait pas forcément prête à admettre l’idée que la religion chrétienne et sa célèbre Bible ne soient qu’une pâle inspiration des mythes déjà existants plus de 3000 ans avant en Mésopotamie !

     Jean Louis Huot, professeur de l’université Paris I Panthéon Sorbonne, nous dit clairement qu’il y a bien longtemps que « Sumer a été supprimée des programmes d’histoire de sixième et des concours de recrutement de l’Education nationale. » D’après lui, ce thème n’est à présent abordé que « dans quelques universités ».

     Il nous a donc semblé intéressant de procéder à une recherche dans le programme d’Histoire de l’art et d’archéologie de la faculté du Mirail afin de savoir si l’histoire de cette civilisation était abordé à un quelconque moment lors des trois années de licence. Nous nous sommes alors rendue compte qu’elle était très peu ou pas du tout abordé. En deuxième année, les étudiants ont des cours sur les premières sociétés néolithiques mais le programme ne s’attarde aucunement sur cette civilisation. De façon générale, l’accent est largement mit sur la Grèce et la Rome antique, sur la Gaulle et la préhistoire de l’Europe occidentale.

     Les études que nous suivons nous conditionnent. Comme toute autres institutions importantes, l’école est une instance de socialisation. Si certains thèmes importants ne sont pas abordés, comment pouvons nous nous y intéressés ou bien seulement les connaître ? Il est évident que les axes de recherches en master ou en doctorat se tourneront davantage sur des périodes telle que la Grèce antique plutôt que la Mésopotamie ancienne…Voilà comment se transmet le savoir….Nous nous sommes rendue dans des bibliothèques et nous avons remarqué que la civilisation sumérienne était finalement assez peu étudiée. La Médiathèque de Toulouse offre une large collection de livres sur l’Egypte antique et en revanche, ne propose que trois livres sur la civilisation de Sumer. Enfin, lorsque nous ouvrons des livres d’histoire de l’art sur ce peuple énigmatique, les descriptions d’œuvres sont loin d’être convaincantes et abouties. Les statuettes à tête de « serpent » sont perçues comme de simples figures féminines ou parfois comme des déesses (suivie souvent d’un point d’interrogation) ; Aucune vraie analyse n’est faite sur ces étranges créatures ophidiennes et sur leur signification supposée ! Au final, c’est sur la toile que nous trouvons le plus d’interprétations et de descriptions…. Nous aimerions que les chercheurs se penchent davantage sur les aspects mystérieux de cette civilisation mais leur formation leur permet elle de penser librement et d’élargir leur champ de vision ?

 

 

 

Le musée de Bagdad

     Beaucoup d’objets et de tablettes sumériennes ont été exposés au célèbre Musée de Bagdad. Construit en 1926, ce musée détient de nombreuses pièces uniques ainsi que d’importantes collections d’antiquité faisant partie de l’ancienne Mésopotamie. Ces trésors de l’histoire sont des plus importants puisqu’ils sont le témoignage des premières traces d’écritures (5000 tablettes), de lois et de civilisations.  Qahtan Abbas, le ministre du Tourisme a d’ailleurs affirmé vouloir faire de ce musée « un lieu emblématique », lançant un appel aux archéologues afin qu’il puisse faire de l’Irak « la Mecque de la recherche » de l’histoire de l’humanité. Il a également précisé que le « sous sol » recèleraient encore des « trésors ». L’Irak semble en effet cacher encore de nombreux objets qui donneraient davantage de précision sur l’histoire, notamment sur les sites archéologiques découverts et ceux qui n’ont pas encore été découverts….

Image : Anja Niedringhaus/AP

 

 

     Les guerres n’ont pas contribué à la bonne restauration des civilisations d’antan, bloquant les fouilles archéologiques et participant à la destruction d’objets précieux. Le Musée de Bagdad est un musée emblématique et depuis sa création, celui-ci a connu des périodes mouvementés.

     A partir de 1991, il fut fermé au public pendant la guerre du Golfe et n’a plus rouvert ses portes durant le règne de Saddam Hussein. Ce lieu fut donc largement protégé pendant plusieurs années si bien qu’il ne fut plus accessible au public jusqu’en 2003. A cette période, des experts internationaux ont demandé au Pentagone ainsi qu’au gouvernement britannique de préserver le musée de tout pillage ou bombardements. Or, entre le 8 et le 12 Avril 2003, lorsque les troupes américaines posèrent le pied à Bagdad, les collections ont été sévèrement pillées. Pour l’ancien directeur du Musée, les américains ont commis là « le crime du siècle ». Le musée de Bagdad ne fut pas seulement pillé, il fut également la cible de graves endommagements (vitrines brisées, armoires fracassées, objets cassés….). Un des gardiens présents lors de l’incident, dit avoir été « submergés par les pillards ». Ils auraient été jusqu’à pénétrés les salles pourtant équipées d’épaisses portes blindées. Il semblerait que les américains n’aient rien fait pour protéger le musée. Les troupes militaires témoins du spectacle n’ont pas fait en sorte d’empêcher ce désastre. Des milliers d’antiquités (estimé à 15 000) ont ainsi été volés ou détruites.

     Par la suite, divers objets ont été retrouvés dans plusieurs pays comme la Suisse, le Japon, les Etats-Unis, la Jordanie, la Syrie. Le ministre du Tourisme Qahtan Abbas a ainsi affirmé que sur les 15 000 œuvres pillés, 6000 avaient été retrouvées. D’après l’administration provisoire américaine, des objets que l’on croyait dérobés auraient été découverts dans une chambre forte secrète. Des pièces auraient été mis à l’abri suite aux évènements de la première guerre du Golfe en précaution à d’autres dégradations….Un article datant de l’année 2009, stipule tout de même qu’il reste encore près de 7000 objets toujours portés disparus…. L’histoire qu’a connue le musée de Bagdad en Irak est presque tout aussi déroutante que la découverte des  civilisations de l’antique mésopotamie. Pourquoi a-t-il été ainsi protégé durant tant d’années ? Pourquoi, alors qu’il avait été recommandé aux troupes américaines de veiller à ce que le musée soit préserver, celui-ci fut saccagé et pillé de la sorte ?  Ces évènements reliés à ce que nous connaissons à présent de l’histoire sumérienne, soulèvent de nombreux doutes et interrogations.

 

     Le musée de Bagdad semble être un des lieux culturels les plus énigmatiques au monde. A présent rénové, il est désormais ouvert au public.

 

     La civilisation sumérienne a largement été étudiée à travers les tablettes qui ont été retrouvés. Elles représentent une source de savoir précieux pour l’être humain qui cherche à connaître ses origines.

 

     Les sumériens possédait une civilisation très avancée. Leur système politique et juridique n’avait rien à envier aux civilisations qui ont succédées. Ils avaient une connaissance étonnante de l’astronomie. Ils écrivaient beaucoup de récits et de poésies et réalisaient des œuvres artistiques remarquables.

     Nous avons tendance à penser que l’humanité évolue avec le temps. Penser de la sorte, revient à dire que nos sociétés actuelles sont les civilisations les plus avancées de l’histoire humaine. Cette logique découle d’un courant de pensée qui a rencontré un franc succès au 19ème siècle : l’évolutionnisme ! Intellectuellement dépassé, ce courant évolutionniste a tout de même laissé des traces dans les mentalités de notre époque.

     Certes, nous avons l’impression que les progrès technologiques de notre époque n’ont eut d’autre égale dans l’histoire mais concernant notre connaissance du monde et de nous même, n’affirmons rien de trop précipitée. Les sumériens avaient sans doute une meilleure connaissance du cosmos que les populations occidentales du 16ème siècle….  Cela suscite réflexion. Nous comprenons bien que l’histoire n’est pas une ligne droite allant dans le sens absolu d’une évolution. Il est important que nous puissions relativiser cette idée qui reste persistante.

     L’histoire de la civilisation sumérienne entraîne de nombreuses remises en question concernant la naissance des religions monothéistes, le rapport à dieu et au divin. Elle nous fait également nous interroger sur les origines de l’être humain.

      Si nous désirons partir à la recherche de la vérité, nous devons d’abord nous débarrasser des préjugés et d’un certain conditionnement. Le doute construit. Il  est une spécificité de notre humanité, qu’il puisse nous servir au mieux !

    L’actualité en Irak est en connexion directe avec le passé lointain. Rappelons en effet, que de nombreuses fouilles ont été et sont en suspens à cause des guerres et de la politique des gouvernements. Cette situation empêche à chaque citoyen de connaître mieux son passé et de tenter de répondre à ces questions que tout homme est en droit de se poser un jour : D’où venons nous ? Qui sommes nous ? Où allons nous ?

 

                                                                                                Yasmine Lrhziel,

pour foOlosophie & Compagnie.

 

 

Bibliographie :

 

Ouvrages :

 

KRAMER Samuel Noah, L’histoire commence à Sumer, Flammarion, coll. Champs, 1993

 

PARROT André, MARGUERON Jean-Claude, Sumer, Gallimard, coll. L’Univers des formes, 2006

 

Trésors du Musée de Bagdad des origines à l’islam, Bordeaux, 1966, Préface d’André Parrot

 

SITCHIN Zecharia, La douzième planète, Courteau Louise, 2000

Sites Internet :

A la découverte du monde biblique

http://www.interbible.org/interBible/decouverte/comprendre/2008/clb_080201.html

 

Ecriture cunéiforme

http://classes.bnf.fr/dossiecr/my-cunei.htm

 

Jean-Louis Huot, professeur de l’université Paris I-Panthéon-Sorbonne : Les Sumériens, des cités-États au royaume d'Ur

http://www.clio.fr/BIBLIOTHEQUE/les_sumeriens_des_cites-etats_au_royaume_dur.asp

 

Les mystères ufologiques

http://dhyanchohan.unblog.fr/2007/11/17/a-la-recherche-des-dieux-sumeriens/

 

Les sumériens

http://secretebase.free.fr/civilisations/sumeriens/sumeriens.htm

 

Les sumériens ou les origines de la civilisation

http://home.nordnet.fr/~caparisot/html/sumer.html

  

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